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Analyse du travail d'enseignant par une psychologue du travail

25/11/2018 par Île-de-France

Le 19 novembre, lors du stage organisé par le CHSCT 94, Mme Jamila El-Fadil El Idrissi, psychologue du travail, est intervenue sur le travail d'enseignant.

Voici ce qu'on peut retenir de son intervention :

 

Le métier de psychologue du travail :

Les psychologues du travail observent les conditions de travail et le réel du travail et c'est à partir de cela qu'ils exercent leurs missions afin de soutenir les travailleurs pour développer leur pouvoir d’agir.

 

Le travail

« Le travail est une façon d'affecter le monde pour être affecté » (Yves Clot). Ainsi, le travail serait une double affection.

Le travail est aussi une source d’accomplissement de soi (lors des échanges sociaux, la question récurrente est « qu'est-ce que vous faites ? ») et de santé.

C'est aussi une source de souffrance. « Si le travail peut faire souffrir, c'est parce qu'il est porteur de promesses » (Marie Pezé)

L'intervenante ajoute qu'on s'oublie durant son travail parce qu'on prend de congé de soi, parce que le travail occupe nos préoccupations note le psychologue du travail Y. Clot.

Yves Clot a mené une enquête sur les enseignants du 1er degré : Il a observé une fierté chez ces personnels, mais les enseignants sont confrontés à un dilemme : la réussite de tous les élèves est un objectif impossible à atteindre. Face à cet objectif, les enseignants ne se sentent pas assez soutenus institutionnellement, les salaires sont faibles. Yves Clot considère que le métier d’enseignant est « attaqué » et les enseignants ravalent la fierté qu'ils tirent de leur métier (fierté empêchée).

Qu'est-ce qu'un métier ? Le métier est personnel (« c'est mon métier), interpersonnel (on est toujours en interaction avec d'autres métiers), transpersonnel (c'est la mémoire collective de ceux qui vous ont précédés, c'est le métier hérité, source du collectif qui protège la santé au travail) et impersonnel (toute la partie du métier qui est procédurale).

Le métier est donc fondamentalement conflictuel.

Quelle est la place du collectif dans le métier ? Le collectif rend la pratique professionnelle vivante. Il est en chacun de nous. Créer du collectif est facteur de liaison avec les autres interlocuteurs. Mais, dans notre métier, il y a une montée de l'individualisme défensif (notamment face aux insuffisances de l'institution) et de la peur de dire que « ça va bien » pour ne pas déparer des nombreux collègues qui sont en difficulté.

 

La Santé et le travail :

La santé est une notion complexe, mouvante, plurielle, contextuelle et inscrite dans l'histoire.

Selon l'OMS, « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et sociale, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité. »

→ Entretenir notre santé est donc une question complexe

Il faut donc faire de notre lieu de travail un milieu de vie.

« L'important c'est que le travailleur se sente vivre sa propre vie, prendre la responsabilité de son action ou de son inaction, se capable de s'attribuer le mérite d'un succès ou la responsabilité d'un échec ». (Donald Woods Winnicott). Il ne faut donc pas hésiter à s'attribuer la responsabilité d'un succès.

Dans la santé au travail, le positionnement de l'employeur est fondamental (obligation cadrée de l’employeur). De même, la santé au travail est une question collective. En l'absence de collectif, chacun est fragilisé.

 

La prévention

L'employeur est obligé de préserver la santé et la sécurité de ses employés.

Il existe trois niveaux de prévention pour les psychologues du travail :

* la prévention primaire : identifier les facteurs de risques professionnels. D'où l'intérêt du DUERP.

* la prévention secondaire : surveillance du milieu de travail et de la santé des travailleurs pour détecter d'éventuels signaux d'alerte (ex : prise de tension, surveillance du taux d'absentéisme, ...)

* la prévention tertiaire : le présent de la souffrance au travail, avec des actions de réparation et d'accompagnement individuel (soutien psychologique, écoute, reclassement, mutation, …). C'est aussi le moment où on fait l'arbre des causes dès qu'il y a un accident du travail, afin de comprendre ce qui s'est passé.

 

Quelles stratégies face à la souffrance au travail ?

On n'est pas seul au travail : service médical, médecin traitant, ISST, représentants du personnel, conseillers de prévention, chefs d'établissement, psychologue, service juridique, assistants sociaux.

Il y a aussi l'entourage affectif.

Enfin, l'arrêt de travail est un acte thérapeutique, pris en concertation entre le médecin et le travailleur : c'est un moment à mettre à profit, durant lequel on doit s'entourer, afin de préparer son retour.

L'arrêt maladie qui dure est aussi symptomatique de la nécessité de changer de travail, de lieu d’exercice...

Lorsqu'un travailleur se déclare « stressé », les psychologues analysent cela comme un élément révélateur. En effet, le stress professionnel entraîne des atteintes à la santé (maladies cardio-vasculaires, dépressions, troubles musculo-squelettiques) qui peuvent se cumuler.

L'hyperactivité, le déni sont des stratégies défensives pour cacher sa souffrance psychique. En effet, ces stratégies défensives vont avoir des conséquences sur le corps. Il ne faut donc surtout pas taire ses souffrances.

Une autre stratégie consiste, pour la personne, à se dire harcelée, car cela est un délit et génère de l'écoute par les autres. Mais face à cette stratégie, les services du rectorat restent le plus souvent muets. En réalité, lorsque quelqu'un se dit harcelé, cela pourrait cacher d’autres souffrances liées au milieu.

Attention aux décompensations (ex : violence d'un personnel contre un usager).

Contre les stratégies défensives individuelles, contre les risques de décompensation, le collectif est fondamental. Quand un travailleur est intégré à un collectif, il peut bien sûr toujours développer de la souffrance au travail, mais il se sent plus soutenu et prend plus souvent la parole pour parler de ses souffrances, et donc pour être entendu.

L'intervenante donne l'avis suivant : travailler ensemble, c’est faire place aux autres, coopérer, se concerter, déléguer, se retenir pour faire place aux autres. Ainsi, l’accomplissement de soi se fait avec les autres.

 

Six types de facteurs de risques au travail existent :

Lire le rapport Gollac sur « Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser »

- liés à l'intensité du travail

- liés aux exigences émotionnelles

- liés au manque d'autonomie ou de marges de manœuvre

- liés aux rapports sociaux au travail

- liés aux conflits de valeurs (source de souffrance éthique)

- liés à l'insécurité de la situation de travail.

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